Fruits et légumes : quels effets protecteurs contre le cancer ?

Une nouvelle étude de la cohorte E3N, menée sur plus de 70 000 femmes, est en train d'évaluer les liens entre la consommation de fruits et légumes (les nutriments qu'ils contiennent) et la survenue d'un cancer. Car les effets bénéfiques de la consommation des fruits et légumes font toujours l'objet d'une controverse ! Intuitivement, le bon sens populaire le dit : les fruits et légumes, c'est bon pour la santé. Leurs vitamines et minéraux diminueraient le risque de cancer et autres maladies. Ainsi, les autorités recommandent-elles au moins 5 fruits et légumes par jour.

Pourtant, les résultats de l'étude EPIC parus au printemps 2010 ont ébranlé ceux-là même qui avaient établi les recommandations ! Cette étude, après avoir suivi pendant neuf ans l'alimentation et l'état de santé de 500 000 européens, n'a en effet pas montré de grandes différences entre les petits et les gros consommateurs de fruits et légumes quant à leur risque de développer un cancer... Du coup, certains médias ont alors, un peu vite sans doute, souligné que l'effet protecteur des fruits et légumes était limité. Ils ont commencé à propager qu'il ne servait à rien, finalement, d'adopter un régime riche en fruits et légumes...

Une conclusion un peu hâtive car, dans les faits, sur le peu d'études à s'être jusqu'alors intéressées en détail aux relations entre consommation de fruits et légumes et risque global de cancer, les résultats disponibles sont peu cohérents. La raison ? Ces études sont difficiles à mener (il faut parvenir à recueillir des données de consommation de qualité) et peuvent être biaisées parce que le cancer est une maladie multifactorielle et qu'il existe de nombreux facteurs de risque potentiels, comme l'alcool ou le tabac, eux-mêmes associés au comportement alimentaire...

De plus, les conclusions elles-mêmes ne sont pas toujours faciles à établir : s'il s'avère dans une étude que les gros consommateurs de fruits et légumes ont moins de cancer que les autres, que conclure sur la contribution réelle des fruits et légumes ? N'est-ce pas simplement parce que de tels consommateurs ont par ailleurs un mode de vie plus sain que les autres ? Et si, à l'inverse, une étude montre qu'ils ont plus de cancers, ne serait-ce pas parce qu'étant plus enclins à s'occuper de leur santé, ils vont plus facilement se faire dépister, et auront donc plus de cancers mais à faible risque d'évoluer ?

Une nouvelle étude de la cohorte E3N

Des études complémentaires à grande échelle sont donc nécessaires et la cohorte E3N se prête particulièrement bien à l'exercice.

« On sait qu'il existe de plus en plus d'arguments montrant l'impact des typologies alimentaires, des aliments, des nutriments, et d'autres composants alimentaires sur le risque de plusieurs types de cancer : même s'il n'est pas possible de fournir des estimations globales du risque, il a été estimé qu'au moins 35 % des décès par cancer seraient liés à des facteurs alimentaires » expliquent les chercheurs de l'équipe E3N, qui ont mis en place une étude sur les relations entre consommation de fruits et légumes et risque d'incidence et de mortalité par cancer dans la cohorte E3N.

Dans cette nouvelle étude, les données alimentaires de 73 034 femmes, recueillies entre juin 1993 et juillet 1995, vont être analysées : quantité et fréquence de consommation de 208 aliments et boissons ont pu être précisément mesurées. Parallèlement, les données médicales ont été recueillies : de 1993 à juillet 2008, 7 803 nouveaux cancers ont été diagnostiqués chez ces femmes, dont 3 721 cancers du sein, 513 cancers colorectaux, 290 cancers de la thyroïde, 275 cancers de l'ovaire et 299 cancers de l'endomètre. Enfin, dernier élément recueilli par questionnaire : le statut tabagique.

Résultats

legumesLes premiers résultats sont très encourageants : les femmes qui consomment le plus de fruits et légumes ont un risque de cancer significativement réduit par rapport aux faibles consommatrices. L'effet le plus marqué est observé chez les grandes consommatrices de légumes cuits (plus de 215 g/j par rapport à moins de 86 g/j) qui ont une diminution de risque de 10 %, et surtout une diminution de 35 % du risque de cancer de stade très avancé.

L'équipe va affiner ces premiers résultats en étudiant quels types de cancer sont le plus diminués par la consommation de fruits et légumes, et en s'intéressant aux nutriments apportés par les fruits et légumes, en particulier beta-carotène, vitamines E et C et zinc.

Il n'est pas possible, dans une étude de cette ampleur, de prendre en considération la qualité des fruits et légumes, mais le bon sens suggère d'utiliser le plus possible des fruits et légumes pas trop chargés en pesticides. « S'il est possible de mettre en évidence un effet protecteur des fruits et légumes vis-à-vis du risque de cancer alors que leur qualité est souvent imparfaite, cela suggère que cet effet serait encore plus important si on n'utilisait que des fruits et légumes non traités ! » concluent les chercheurs E3N.

L'étude permettra dans les deux ans à venir d'évaluer l'association entre consommation de fruits et légumes, mais aussi marqueurs biologiques comme les valeurs sériques de caroténoïdes, et le risque global de cancer, tout en prenant en compte des modulateurs d'effets potentiels, comme le tabac par exemple...

« En termes de santé publique et de prévention, nous pourrons alors revoir les recommandations actuelles » considèrent les chercheurs.