Asthme : l'influence des fruits et légumes

On savait la consommation de fruits et légumes bénéfique pour la santé. Ce bénéfice pourrait également s'étendre à l'asthme chez la femme adulte. L'étude E3N apporte des précisions.

L'augmentation de la fréquence de l'asthme dans la plupart des pays développés depuis quelques années indique que les "facteurs environnementaux" jouent un rôle important. Parmi ceux-ci, on a évoqué les changements d'habitudes alimentaires. Plusieurs études suggèrent que la teneur en antioxydants des fruits et légumes, qu'ils soient crus ou cuits, pourrait agir dans les mécanismes de défense du poumon. Cependant les études épidémiologiques sur l'asthme chez l'adulte sont encore rares. Si deux d'entre elles ont démontré l'influence d'une grande consommation de fruits frais sur la baisse de problèmes respiratoires, aucun aliment particulier n'a encore été identifié.

Au moins cinq par jour

En France, comme dans de nombreux autres pays occidentaux, la consommation de fruits et légumes a été largement encouragée par la recommandation de manger "au moins cinq fruits ou légumes par jour". Bien que ce message soit fondé sur les résultats de la recherche contre le cancer, la consommation de fruits et légumes pourrait également avoir une influence favorable sur les maladies respiratoires. Les données de l'étude E3N ont été utilisées pour évaluer la relation entre la consommation de fruits et légumes et la fréquence de l'asthme.

Dans cette analyse, nous avons retenu les volontaires E3N ayant répondu au questionnaire alimentaire envoyé en 1993, tout en prenant en compte les données sur la prise de vitamines ou minéraux. Cette analyse porte donc sur 68 535 femmes, suivies de 1993 à 2002 ; parmi celles-ci, 2 145 (3 %) ont déclaré avoir eu une première crise d'asthme à l'âge adulte. Premier constat : les femmes souffrant d'asthme ont un indice de masse corporelle (IMC) et une ration calorique plus élevés que les femmes n'ayant jamais eu d'asthme. Un résultat peu surprenant, le lien entre l'asthme et la surcharge pondérale ayant déjà été établi. De plus, les femmes en surpoids ont tendance à négliger la consommation de fruits et légumes.

Un bénéfice différent selon les fruits et légumes

La consommation de légumes, en particulier les groupes de légumes fruits (artichauts, avocats, tomates, concombres, haricots verts, aubergines, poivrons et courgettes), de légumes racines (carottes, radis, betterave, céleri et salsifis) et de légumes à feuilles (endives, salade et épinards) semble avoir un effet protecteur sur l'asthme. Cet effet est particulièrement marqué pour la consommation de tomate (diminution de 18 % du risque chez les femmes consommant environ 30 g/j ou plus comparées aux femmes en consommant moins de 6 g/j), la consommation de carotte (diminution de 23 % du risque chez les femmes consommant environ 25 g/j comparées aux femmes en consommant moins de 3g/j), et pour les légumes à feuilles en général (diminution de 18 % du risque chez les femmes consommant environ 90 g/j ou plus comparées aux femmes en consommant moins de 40 g/j). Nous n'avons pas trouvé de relation entre la fréquence de l'asthme et la consommation de chou ; de même pour la consommation de fruits.

En résumé, ce sont les femmes consommant le plus de tomates, carottes et légumes à feuilles qui ont le moins de risque de faire une première crise d'asthme à l'âge adulte. Aucun autre fruit ou légume ne présente de tels résultats. Les cellules bronchiques des asthmatiques subissent un processus de "souffrance" connu sous le nom de "stress oxydatif" ; on retrouve aussi ce phénomène dans le cancer, et peut-être d'autres maladies. La richesse en caroténoïdes (β-carotène, lycopène, lutéine...) de ces légumes semble protéger les cellules de l'oxydation par leur capacité à capter les radicaux libres. Les antioxydants (en particulier le lycopène, les caroténoïdes et folates) ou d'autres nutriments difficilement comptabilisables, peuvent ainsi réduire la fréquence de l'asthme chez la femme adulte. Si les recommandations de santé publique doivent rester simples pour être facilement suivies, au niveau scientifique, il est important de préciser quels fruits et légumes sont susceptibles de prévenir telle maladie spécifique.