Quels sont les facteurs environnementaux associés à l'asthme ?

La cohorte E3N, une fois de plus, a permis aux chercheurs de disposer d'un nombre de femmes suffisamment important pour étudier plusieurs facteurs environnementaux que l'on suppose liés à l'asthme de l'adulte, et aussi de l'enfant. Depuis quelques décennies, on observe une augmentation de l'asthme dans le monde qui pourrait être due à des changements de facteurs environnementaux ou comportementaux. Parmi de nombreux facteurs environnementaux, l'urbanisation, et plus particulièrement une moindre exposition aux animaux de ferme durant l'enfance, pourrait être impliquée. La modification des habitudes alimentaires a également été fortement suggérée pour expliquer l'augmentation de la fréquence de l'asthme dans la plupart des pays industrialisés.

Plus assez de contact avec les animaux de la ferme

Selon l'hypothèse « hygiéniste », la diminution des contacts précoces des enfants avec des agents infectieux, particulièrement lors de contacts avec du bétail, pourrait expliquer l'augmentation de la fréquence de l'asthme et des allergies. Pour vérifier cette hypothèse, des chercheurs collaborant avec l'équipe en charge de la cohorte E3N ont évalué les associations entre la vie à la ferme durant l'enfance et l'asthme de l'enfant. Les chercheurs se sont également intéressés à l'asthme de l'adulte afin de voir s'il y avait un effet à long terme de l'exposition aux animaux de ferme dans l'enfance sur l'asthme.

Au final, l'étude a pu inclure 54 018 femmes ayant répondu aux questions sur l'asthme et la vie à la ferme durant l'enfance. Trois indicateurs de ruralité ont été définis selon que les femmes : 1) avaient eu ou non des parents fermiers ; 2) étaient nées ou non en zone rurale (moins de 5 000 habitants) ; 3) avaient été ou non en contact avec des animaux de ferme pendant l'enfance. Pour évaluer l'exposition à ces animaux, les auteurs ont imaginé des scores, tels que le score bovin par exemple, construit à partir des données du Recensement Général Agricole (RGA) en combinant le nombre de têtes de bétail par habitant et la taille de la commune de naissance. D'autres scores ont été établis pour les porcs, les poules, les caprins, les ovins et les équidés.

Les résultats de l'étude montrent que 12 % des femmes avaient eu des parents fermiers, 36 % étaient nées dans une commune rurale, et 5 % étaient nées dans une commune avec au moins 2 vaches par habitant d'après les données du RGA.

Les chercheurs ont confirmé le rôle bénéfique sur l'asthme de l'enfant d'avoir des parents fermiers et d'être née dans une commune rurale, et ils ont également montré que plus le score bovin était élevé (c'est-à-dire, plus il y avait de bovins dans la commune de naissance), moins les femmes avaient eu d'asthme pendant l'enfance. La fréquence plus faible de l'asthme de l'adulte chez les femmes nées dans un environnement rural conforte l'hypothèse de cet effet bénéfique à long terme, indépendamment des autres facteurs environnementaux ou comportementaux chez l'adulte.

Un lien avec l'alimentation ?

Les chercheurs ont également montré que les habitudes alimentaires à l'âge adulte étaient différentes en fonction du lieu de vie pendant l'enfance. Les femmes ayant vécu à la campagne enfant ont tendance à manger plus de fruits et de légumes, et à consommer moins d'apéritifs à l'âge adulte que les femmes nées à la ville. L'alimentation à la vie adulte ne modifiait pas l'effet bénéfique de la vie à la campagne durant l'enfance sur l'asthme.

Nos habitudes alimentaires se sont considérablement modifiées durant les dernières décennies, avec une diminution de la consommation de fruits, légumes et poissons, et une augmentation de la consommation de plats préparés industriellement. L'hypothèse alimentaire a été suggérée pour expliquer l'augmentation de l'asthme dans la plupart des pays industrialisés. Parmi 54 672 femmes de la cohorte E3N (dont 2 634 asthmatiques), les chercheurs ont identifié trois typologies alimentaires : "prudente" reposant sur une consommation majoritaire de fruits et légumes, "occidentale" qui intègre pizza et tartes salées, desserts et viandes industrielles, et "noix et vins" reposant sur la prise d'apéritif.

Aucune association n'a pu être établie entre l'une ou l'autre de ces typologies et la survenue de l'asthme. Par contre, la typologie "occidentale" était associée à des crises d'asthme plus fréquentes, un indicateur de la sévérité de la maladie, et la typologie "noix et vin" était associée à une moindre fréquence des crises d'asthme. Cette moindre fréquence des crises pourrait être due à un effet protecteur de la vitamine E.

Pour conclure, les chercheurs ont confirmé que le fait d'avoir des parents fermiers et d'être née dans une commune rurale diminuait le risque d'avoir de l'asthme dans l'enfance. Ils ont également montré que plus il y avait de bovins dans la commune de naissance et moins les femmes avaient eu d'asthme pendant l'enfance.