Fibres, viande et poisson : le lien avec le cancer colorectal

En changeant de mode de vie, près de 70 % des cancers colorectaux pourraient être évités dans les pays occidentaux. L'obésité, la sédentarité, le tabac et une forte consommation d'alcool et de viande rouge font partie des facteurs de risque modifiables.

Deux études EPIC

Deux analyses conduites à partir des données de l'étude européenne EPIC confirment que le risque de cancer colorectal pourrait être réduit en augmentant la consommation de fibres et de poisson chez ceux qui en mangent le moins et en réduisant celle de viande rouge, abats et charcuterie chez les gros consommateurs.

Un régime riche en fibres protège contre le cancer colorectal

Les conclusions d'études prospectives menées en Finlande, en Suède et aux États-Unis, ne montrant aucun effet protecteur des fibres, ont remis en cause les recommandations issues d'études plus anciennes préconisant l'augmentation de la consommation de fibres pour réduire le risque de cancer colorectal. Cependant, la plupart de ces études étaient réalisées sur des populations aux habitudes alimentaires plutôt homogènes et il est possible que de faibles écarts de consommation n'aient pas permis de mettre en évidence l'effet des fibres.

C'est la force d'EPIC d'étudier des populations aux pratiques alimentaires diverses. En effet, au sein de cette étude, les consommations d'aliments qui apportent des fibres alimentaires varient fortement : ainsi, la consommation totale moyenne en fruits et légumes (sauf pommes de terre) est trois fois plus élevée dans le sud de l'Espagne qu'en Suède.

Un effet protecteur confirmé

Le lien entre la consommation de fibres alimentaires et le taux de cancer colorectal a donc été examiné chez 519 978 sujets de l'étude EPIC âgés de 25 à 70 ans, suivis entre 1992-1998 (recueil des données alimentaires) et 2002. Parmi ces sujets, 1 065 ont déclaré un cancer colorectal (706 du côlon et 359 du rectum). Le risque relatif de cancer colorectal pour les 20 % de sujets consommant le plus de fibres par rapport aux 20 % de sujets en consommant le moins, est de 0,75, et cette réduction du risque de 25 % est statistiquement significative. On ne note aucune différence entre les hommes et les femmes.

Parmi les différentes fibres, ce sont les fibres de céréales et de fruits qui ont l'effet protecteur le plus net. Enfin, l'effet protecteur des fibres est plus marqué pour le cancer du côlon que pour le cancer du rectum. Même si l'effet bénéfique des aliments riches en fibres a été récemment controversé, on peut considérer que leur effet protecteur reste une des bases de la prévention du cancer colorectal. D'ailleurs, plusieurs mécanismes expliquant leur effet protecteur ont été élucidés. Dans l'intestin, les fibres augmentent le poids des selles, réduisent le temps de transit, diminuent la concentration de carcinogènes potentiels dans le côlon et stimulent la production de molécules bénéfiques pour l'intestin (produites à partir de la fermentation bactérienne).

Un effet protecteur qui ne peut être attribué aux seules fibres

Les résultats montrent que la consommation totale de fibres alimentaires est inversement associée au risque de cancer colorectal. Ils permettent de conclure que même une augmentation modérée de la consommation de fibres chez les faibles consommateurs dans la plupart des populations aurait un effet bénéfique sur la prévention du cancer colorectal et confirment les recommandations issues d'études précédentes. Cependant, seules les fibres alimentaires ont été étudiées, sans prendre en compte les fibres prises comme médicament ou complément alimentaire. Or il ne faut pas oublier que les aliments riches en fibres le sont aussi en de nombreux éléments, vitamines, minéraux, et autres micronutriments, dont l'effet protecteur vis-à-vis du cancer a été mis en évidence chez l'animal. Par conséquent, on ne peut affirmer que des compléments alimentaires composés uniquement de fibres auraient le même bénéfice.

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Les influences contraires de la viande et du poisson

La consommation de viande rouge pourrait augmenter le risque de cancer colorectal ; la consommation de poisson le réduire. Pour le savoir, 478 040 hommes et femmes des 10 pays de la cohorte EPIC dont 1 329 cas de cancer colorectal ont été pris en compte dans une nouvelle analyse.

Pour cette analyse, les viandes ont été groupées en trois catégories : viande rouge, charcuterie et volaille. La première comprend bœuf, veau, porc et agneau, qu'ils soient frais, hachés et/ou surgelés, la deuxième, principalement du porc et du bœuf ayant été conservés par salage (avec ou sans nitrite), fumage, marinage, séchage ou chauffage (jambon, bacon, saucisses, boudin noir, pâté de foie, saucisson sec, viande en conserve, corned beef, etc.). La volaille inclut principalement le poulet et la dinde frais, hachés et/ou surgelés. La catégorie poisson correspond aux poissons frais, gras, en boîte, salés et/ou fumés.

Des résultats confirmés

Le risque de cancer colorectal augmente avec la consommation de viande rouge et de charcuterie. La consommation de volailles est sans effet. Enfin, le risque diminue avec la consommation de poisson. Les risques sont similaires qu'il s'agisse du cancer du côlon ou du rectum.

Les gros consommateurs de viande et de charcuterie mangent moins de poisson, mais il a été vérifié que ces deux relations n'étaient pas expliquées l'une par l'autre. De même, les gros consommateurs de viande ou de charcuterie sont généralement plus faibles consommateurs de fibres, mais là encore, il a été vérifié que la relation entre viande et cancer colorectal existait indépendamment de l'apport en fibres.

Des raisons incertaines

Les mécanismes à l'origine du lien entre risque de cancer colorectal et consommation de viande rouge ou de charcuterie ne sont pas encore complètement élucidés. Quatre mécanismes ont été mis en avant

Le premier concerne la forte teneur en fer de ces aliments ; la majeure partie n'est pas absorbée et se retrouve dans le côlon où des réactions chimiques peuvent se produire et créer des radicaux libres. Le deuxième concerne la plus forte teneur de ces aliments en graisses saturées qui augmenteraient le risque de cancer colorectal ; la volaille contient plus de graisses mono insaturées qui n'auraient pas cet effet néfaste, et le poisson contient certaines graisses insaturées qui auraient un effet protecteur. Troisièmement, la cuisson à forte température (type grill ou barbecue) produirait des précurseurs de cancérogènes, qui peuvent être transformés en cancérogènes dans l'intestin. Enfin, certains procédés de conservation des viandes transformées seraient également à l'origine de composés cancérogènes dans l'intestin.