Relation entre allaitement et cancer du sein

Le cancer du sein reste l'un des cancers les plus fréquents chez la femme dans les pays occidentaux. Parmi les facteurs étudiés, l'influence de l'allaitement sur le risque de cancer du sein a fait l'objet de nombreuses études. Quoique différentes dans leurs démarches : sujets étudiés, méthodes, durées, ces études n'ont pu établir quel rôle pouvait jouer l'allaitement dans le développement de ce type de cancer.

La relation entre allaitement et cancer du sein a été l'une des premières recherches lancée par l'équipe E3N. Les données de 63 676 femmes E3N ayant eu des enfants et les ayant allaités ou non, ont servi de base à notre étude.

Plusieurs facteurs pris en compte

Certains facteurs, tels que l'âge, la corpulence, le niveau d'études, le nombre d'enfants, la prise de contraceptifs oraux sont susceptibles d'interagir dans la relation allaitement - cancer du sein. Ils ont été analysés au cours de cette étude. Ainsi :

- Un âge précoce aux règles augmente le risque de cancer du sein.
- Le risque de cancer du sein augmente avec l'accroissement de l'âge à la ménopause. Une ovariectomie bilatérale avant la ménopause réduit ce risque.
- Des premières règles précoces et une ménopause tardive impliquent une longue vie menstruelle qui met l'accent sur le rôle de l'activité ovarienne dans la survenue d'un cancer du sein.
- Une première grossesse menée à terme à un âge précoce réduit le risque. Ce résultat semble indépendant du nombre d'enfants.
- Le risque diminue avec le nombre de grossesses menées à terme.
- Une forte corpulence augmente le risque de cancer du sein, notamment après la ménopause.
- Un antécédent de cancer du sein dans la famille augmente, pour la personne apparentée, le risque de développer cette maladie.
- Des antécédents de maladies bégnines du sein augmente le risque.

Notre étude a révélé par ailleurs la possibilité d'un lien entre un niveau d'études élevé et un risque augmenté de cancer du sein.

L'allaitement chez les femmes E3N

69 % des femmes, ménopausées ou non, ont allaité au moins un de leurs enfants. Pour l'ensemble de ces femmes, la durée de l'allaitement a été plutôt courte (71 % moins de 6 mois, 42 % moins de 3). La durée d'allaitement est liée à l'année de naissance de la femme. Ainsi, plus celle-ci est éloignée, plus les durées d'allaitement étaient longues.

La pratique de l'allaitement varie avec le niveau d'études. Moins celui-ci est élevé, moins les femmes ont allaité. Toutefois, moins nombreuses à allaiter, elles l'ont fait plus longtemps. En revanche, près de 75 % des femmes qui ont poursuivi leurs études au-delà du Bac ont allaité.

Des antécédents, familiaux de cancer du sein ou personnels de pathologie mammaire bégnine, n'entraînent pas de différences quant au mode d'allaitement. Fumer et utiliser des contraceptifs oraux non plus.

Allaitement, protecteur ou facteur de risque ?

Aucun rôle de l'allaitement sur le cancer du sein n'est mis en évidence, même lorsque l'on tient compte, par la technique de l'ajustement, de tous les facteurs précédents. Ce résultat s'avère identique chez les femmes ayant allaité un seul enfant ou chez celles n'en ayant allaité aucun. Chez les femmes ayant allaité au moins quatre enfants, l'allaitement semble avoir un effet protecteur mais de façon non significative.

Conclusion

Aucune tendance nette à une diminution du risque liée à l'allaitement n'a pu être constatée dans notre étude. Nos résultats, comparés aux études réalisées dans d'autres pays, font pencher en faveur de l'hypothèse d'absence de rôle protecteur important de l'allaitement face au cancer du sein, du moins dans les pays où la durée d'allaitement est courte.