Risque de cancer du sein et corpulence dans l’enfance et dans l’adolescence

Après avoir étudié la relation entre risque de cancer du sein et surpoids au cours de la vie adulte, l'étude E3N s'est intéressée à la silhouette à l'âge auquel se développe la glande mammaire. Si l'adiposité adulte est liée négativement au risque de cancer du sein en pré-ménopause, la raison n'en reste pas moins incertaine. L'excès de poids à la puberté ou pendant l'adolescence pourrait-il avoir une influence ?

Les données E3N

La relation entre la corpulence chez l'enfant ou l'adolescente et le risque de cancer du sein chez l'adulte a donc été étudiée parmi 90 509 femmes de la cohorte E3N. Nous avons demandé aux volontaires E3N de désigner quel dessin représentait le mieux leur silhouette à ces différentes périodes de leur vie, à l'aide d'une série de huit silhouettes.

Silhouettes sorensen

Pendant le suivi qui, pour cette étude, s'étendait de 1990 à juillet 2002 (date d'envoi du 7ème questionnaire), 3 491 cas de cancer du sein ont été identifiés. Pour 930 femmes, le diagnostic a été fait avant la ménopause, et pour 2 561 femmes après.

La corpulence diminue le risque

Les résultats montrent que plus la silhouette était corpulente (aussi bien à l'âge de 8 ans qu'à la puberté), plus le risque de cancer du sein est diminué à l'âge adulte, quel que soit le statut ménopausique de la femme. Le risque relatif est de 0,73 et 0,82 pour les femmes ayant choisi une silhouette égale ou plus grande que la cinquième à l'âge de 8 ans et à la puberté respectivement, en comparaison avec les femmes les plus minces à ces périodes.

Nous avons recherché si des facteurs intervenant à la fois sur le risque de cancer du sein et sur la silhouette pouvaient expliquer cette association. Nous nous sommes ainsi intéressés à l'âge de la puberté. En effet, pour déclencher la puberté, il faut un certain pourcentage de masse grasse. D'ailleurs, les petites filles "grassouillettes" sont réglées plus précocement en moyenne que les "maigrelettes". Nous nous sommes intéressés également à l'âge où les règles sont devenues régulières et à l'intervalle entre ces deux événements. Nous nous sommes enfin intéressés à la régularité des cycles pendant la vie adulte et à l'IMC à l'inclusion dans l'étude.

Aucun de ces facteurs n'explique la diminution de risque constatée. La relation inverse entre l'excès de poids pendant l'enfance et le risque de développer un cancer du sein à l'âge adulte s'expliquerait donc par des mécanismes hormonaux spécifiques pendant la période proche de la puberté, indépendamment des caractéristiques menstruelles et du statut pondéral adulte. D'autres recherches auprès d'adolescentes obèses ou en surpoids sont nécessaires pour évaluer dans quelle mesure leurs caractéristiques hormonales persistent au long de la vie et comprendre les mécanismes biologiques qui sous-tendent nos résultats.

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