Une meilleure connaissance des risques associés aux THM

Octobre 2014

ComprimesL’étude E3N a permis de mieux connaître les risques et les bénéfices associés aux traitements hormonaux de la ménopause (ou THM) utilisés en France, à l’instar de la Million Women Study au Royaume-Uni ou de la Women’s Health Initiative aux États-Unis. L’étude E3N confirme que certains THM peuvent augmenter de façon marquée le risque de cancer du sein ou de l’endomètre. L’excès de risque de cancer du sein s’estompe rapidement après l’arrêt des THM, sans toutefois revenir totalement à la normale chez les femmes les ayant pris plus de 5 ans. L’étude E3N confirme le risque d’apparition de calculs biliaires associé à la prise d’estrogènes seuls. Ces risques ont été mis en balance avec d’éventuels effets protecteurs contre le cancer colorectal ou le risque cardiovasculaire, cependant non confirmés à l’heure actuelle.

Un sur-risque avéré de cancer pour les THM estroprogestatifs

La question de la balance bénéfices-risques associée aux THM est complexe et de nombreuses inconnues demeurent. Il est aujourd’hui certain que les THM estroprogestatifs (qui associent un estrogène et un progestatif, donnés aux femmes ayant encore leur utérus) sont cancérigènes. Même les THM « à la française » tels que les associations « estrogène-progestérone micronisée » ou « estrogène-dydrogestérone » ne sont pas totalement dénués de risque. Les chercheurs E3N ont montré que si le risque de cancer du sein est effectivement moindre avec ces deux associations qu’avec les autres estroprogestatifs, il augmente au-delà de 5 ans d’utilisation. Par ailleurs, ces deux associations entraînent une augmentation du risque de cancer de l’endomètre.

Arrêt des THM et risque de cancer du sein

L’étude E3N confirme que les THM estroprogestatifs exposent à un sur-risque de cancer du sein. Lorsque le traitement est pris moins de 5 ans, le sur-risque disparaît rapidement après son arrêt. Mais pour une exposition plus longue, le risque de cancer du sein reste supérieur pendant plusieurs années à celui des femmes n’ayant jamais été traitées, suggérant que les THM stimulent la progression de tumeurs préexistantes qui seraient apparues plus tard, mais également celle de tumeurs préexistantes qui n’auraient probablement jamais évolué, voire même favorisent peut-être l’apparition de tumeurs qui n’existaient pas auparavant. On constate toutefois des variations selon le traitement choisi : ainsi, le risque est moins élevé avec les THM « à la française » associant un estrogène à de la progestérone micronisée ou à de la dydrogestérone qu’avec les THM associant un estrogène à d’autres progestatifs.

THM et cancer de l’endomètre

On sait depuis les années 1970 que la prise d’estrogènes seuls après la ménopause augmente considérablement le risque de cancer de l’endomètre : c’est pour réduire ce risque que des THM associant estrogènes et progestatif ont été préconisés pour les femmes ayant encore leur utérus. Mais, selon les résultats de la cohorte E3N, certains THM ne protègent pas suffisamment du risque de cancer de l’endomètre : comparées aux femmes non traitées, celles prenant des estrogènes associés à de la progestérone micronisée, et, dans une moindre mesure, à de la dydrogestérone, présentaient un risque plus élevé de cancer de l’endomètre, risque d’autant plus grand que le traitement était pris plus de 5 ans. D’après les données de l’étude E3N, ces deux THM comparés aux autres associations estroprogestatives augmenteraient moins le risque de cancers du sein mais plus celui de cancers de l’endomètre. Il faut cependant rappeler que le cancer du sein est à peu près 10 fois plus fréquent que le cancer de l’endomètre chez les femmes ne prenant pas de THM.

THM et cholécystectomie

Les études britanniques et américaines ont révélé un lien entre prise de THM et risque de cholécystectomie (ablation de la vésicule biliaire). En effet, les estrogènes modifient le métabolisme des lipides, augmentent la sécrétion de cholestérol biliaire et favorisent la précipitation du cholestérol dans la bile. Ils réduisent en outre la motilité de la vésicule biliaire, ce qui augmente la cristallisation de la bile et contribue à la formation des calculs. L’étude menée au sein de la cohorte E3N a permis de déterminer si ce risque était différent selon le type de traitement. Le risque est confirmé pour les traitements par estrogènes seuls pris par voie orale, mode d’administration favorisant, lors de l’absorption intestinale, un passage massif d’œstrogènes par le foie.  L’administration transdermique d’estrogènes, qui évite ce dernier, n’entraîne pas d’augmentation du risque de cholécystectomie.