Risque de cancer du sein et acides gras trans : une influence manifeste

Avril 2008

ViennoiserieEn Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord, les femmes présentent le taux d’incidence de cancer du sein le plus élevé au monde, un taux qui est également en forte augmentation au Japon, tandis que des taux très faibles sont observés en Afrique ou dans de nombreux pays d’Asie. Parmi divers facteurs susceptibles d’expliquer ces différences d’incidence se trouvent le type d’alimentation et la nature des graisses. Les acides gras trans, produits par l’hydrogénation d’huiles végétales, sont particulièrement suspectés. 

La provenance des acides gras trans

Les humains ne synthétisant pas les acides gras trans, leur présence dans le sérum (sang) provient de leur alimentation. On les trouve naturellement dans le lait et les produits laitiers. Une grande proportion des acides gras trans de notre alimentation sont produits de façon artificielle dans les huiles végétales solidifiées industriellement (hydrogénées). L’hydrogénation est un procédé utilisé par l’industrie alimentaire qui, en modifiant la structure chimique des acides gras, les rend moins fluides et leur donne une température de fusion plus élevée. Cette innovation a été utilisée pour fabriquer la margarine, pour éviter le rancissement des huiles et les désodoriser, ou pour rendre certains aliments plus fermes ou plus croquants. On trouve des acides gras trans dans les huiles végétales hydrogénées et leurs produits dérivés : gâteaux, pains industriels, confiseries, chocolat, mayonnaise, chips, frites, viennoiseries industrielles, pâtes à pizza, pâtes brisées, céréales du petit-déjeuner, biscuits, brioches, etc.

Une étude E3N

Depuis le début des années 1990, on connaît les effets défavorables des acides gras trans d’origine industrielle sur le risque cardiovasculaire. Par contre, leur impact éventuel sur le risque de cancer est mal connu. Une étude des taux sanguins d’acides gras a été réalisée par les chercheurs de l’équipe E3N.

L’analyse a porté sur 363 femmes ayant fourni un prélèvement de sang entre 1995 et 1998, répondu au questionnaire alimentaire entre 1993 et 1995, et développé ultérieurement un cancer du sein. Elles ont été comparées à des femmes n’ayant pas eu de cancer du sein, choisies comme témoins. Pour chaque cas de cancer du sein, deux témoins ont été sélectionnés par tirage au sort selon des caractéristiques proches de celles du cas (même âge à deux ans près, même statut ménopausique, même statut à jeûn ou non au moment du prélèvement sanguin, mêmes centre et année de prélèvement). Au total, 702 témoins et 363 cas de cancer du sein, soit 1 065 femmes, ont ainsi été sélectionnés.

La composition en acides gras des phospholipides du sérum de ces femmes a été mesurée par chromatographie en phase gazeuse, méthode qui permet la séparation et la quantification d’une quarantaine d’acides gras différents. Il a ainsi été possible d’étudier la relation entre le risque de cancer du sein et les taux d’acides gras dans les phospholipides du sérum, qui sont des biomarqueurs de la consommation alimentaire passée.

Les biomarqueurs sanguins, un bon reflet des apports alimentaires

Dans la population étudiée, les acides gras trans que nous avons dosés dans le sérum étaient significativement corrélés à la consommation de produits alimentaires industriels : plus les femmes déclaraient consommer d’aliments de ce type, plus leur sérum contenait des quantités importantes d’acides gras trans. En revanche, ils n’étaient pas corrélés à la consommation de matières grasses d’origine laitière ou de viande.

Des résultats variables selon le type d’acides gras

Aucune association significative n’a été mise en évidence avec les taux d’acides gras saturés et les taux d’acides gras polyinsaturés de type oméga 6 ou oméga 3. En revanche, le risque de cancer du sein augmentait avec le taux d’acides gras monoinsaturés trans (risque relatif pour les femmes ayant les taux les plus élevés par rapport à celles ayant les taux les plus bas, RR = 1,75), alors qu’il n’était pas modifié par le taux des mêmes acides gras naturels.

L’absence d’association entre les taux sanguins d’acides gras oméga 3, dont la source alimentaire principale est le poisson, et le risque de cancer du sein est courante dans les études conduites dans les pays occidentaux. Par contre, un effet protecteur de ces acides gras sur le risque de cancer du sein a clairement été mis en évidence dans les pays asiatiques, où la consommation de poisson est beaucoup plus importante. Il est donc possible que, dans les pays occidentaux, la consommation de poisson soit trop faible pour qu’une diminution du risque de cancer du sein puisse être observée.

Conclusion

Les résultats de l’étude E3N suggèrent que la source des acides gras trans est déterminante pour le cancer du sein : d’origine naturelle, ils seraient sans effet, tandis que d’origine industrielle, ils augmenteraient le risque. Malgré une diminution de la teneur en acides gras trans des margarines depuis 1996 dans les pays européens, les résultats de cette étude restent d’actualité. En effet, cette réduction de la teneur est contrebalancée par un apport de plus en plus important en acides gras trans provenant de produits alimentaires industriels.

A ce stade, on ne peut que recommander une diminution de la consommation de produits manufacturés, sources d’acides gras trans. Il conviendrait également de reconsidérer les procédés industriels actuels utilisant des huiles végétales partiellement hydrogénées.

Pour en savoir plus :

Le communiqué de presse : icone pdf

L’article scientifique : icone pdf